vendredi 29 septembre 2006

Seconde AUDITION ASSEMBLÉE NATIONALE 27/09/2006

 M. Michel GILBERT : J’interviens à travers le filtre de mon affaire personnelle sur la situation de tous ces enfants, 60 000 à 80 000 suivant M. le rapporteur Vuilque. Mais ce n’est qu’une affaire parmi bien d’autres.

Une organisation sectaire internationale happe des enfants. Nous avons constaté que 25 % des situations de divorce ou de séparation avaient trait, en France, à des dérives sectaires, des psychothérapies à caractère déviant, des gourous de quartier ou des formations professionnelles étranges.

M. le Président : Quelle est votre profession ?

M.Michel GILBERT: Je suis chargé de communication. Je travaille en collaboration avec la presse sur des reportages, qui concernent parfois des organisations sectaires internationales.


Celle qui me concerne est Shri Ram Chandra Mission (SRCM). C’est une organisation sectaire faussement hindouiste. Le gourou, basé à Madras, est un homme d’affaires dont les capitaux sont liés à de grandes entreprises internationales d’informatique. On peut découvrir des trames de cette organisation au sein même de la Commission européenne, puisque le directeur général chargé des rapports sur la pédocybercriminalité en Europe en est un des responsables, et

que le représentant de l’ONU à la Commission européenne en est un autre.

La genèse de cette organisation remonte aux années 1980. Un haut magistrat suisse, juge de cour fédérale, a été le président de cette association de la loi de 1901 déclarée en Suisse pendant une vingtaine d’années. Il a été obligé de démissionner à la suite d’articles de journaux l’impliquant directement.

Ce n’est qu’une des 172 organisations internationales que nous voyons communément. Elle a une trame religieuse, qui renvoie à l’hindouisme. Son public est constitué de femmes à 90 %. L’ouverture de l’ashram de Montpellier a rassemblé plus de 2 000 femmes et plus d’une centaine d’enfants. À chaque fois que les parents que nous sommes, tentons de dénoncer des infractions commises sur des enfants, les services de police refusent d’enregistrer les plaintes. Or, les enfants sont une proie de choix. Ils sont formatés dans l’envie du gourou et de l’organisation sectaire.

Je ne me présente pas comme une victime, mais comme un responsable associatif qui épaule d’autres parents. Nous sommes tous des parents affectés, mais nous refusons le qualificatif de victimes, qui renvoie à des thérapies sur plusieurs années.

J’ai pu constater personnellement que sept autres parents, en Europe, rencontrent des difficultés similaires avec cette organisation sectaire internationale basée à Madras. Le plus souvent, c’est la mère de famille qui se trouve happée ; les couples sont saccagés par l’immixtion du gourou et de la communauté. Les enfants se voient assez rapidement enseigner la pratique méditative qui est l’enseignement principal de cette organisation – parfois dès l’âge de quatre ans. C’est ce qu’on pouvait constater lors de l’inauguration de l’ashram de Madras, fin janvier 2005.

Les associations de terrain ne veulent pas soutenir les parents dans les situations de séparation et de divorce. Ils sont désemparés et personne ne sait leur indiquer comment réagir à la soumission de leurs enfants. Bien souvent, les avocats ont une tendance naturelle à déployer toutes sortes de procédures pour obtenir certains droits ; mais en général il faut attendre cinq, six ou sept ans pour que le parent non sectarisé parvienne à faire entendre sa voix. Ces procédures coûtent très cher. Les magistrats ne comprennent pas.

Le plus souvent, il s’agit d’une mère sectarisée et d’un père non sectarisé. Lors des audiences, le juge aux affaires familiales prendra fait et cause pour la mère, quelle que soit son idéologie. L’intérêt de l’enfant n’est pas vraiment pris en compte. On laisse ainsi certains parents responsables sans recours contre des mafias organisées qui utilisent le mysticisme et les dérives des religions pour accaparer les esprits. Des thérapies comportementales qui n’ont rien de la thérapie cognitive, des thérapies analytiques qui sont exercées par des gourous qui n’ont aucune formation légale, des sciences occultes, des sites web qui entraînent les enfants sur

des forums et des chats, de la cartomancie à la simonie en passant par les magnétiseurs, les faux guérisseurs de cancers, des centaines d’enfants emmenés sous bonne garde, le plus souvent par leur mère, généralement divorcée, psalmodiant jusqu’à l’autohypnose des chants indiens sur une scène de théâtre à Montpellier : voilà ce que nous trouvons dans le contexte de la SRCM. Entre les embrassades et les effusions, et sous un bombardement d’amour, les mères

laissent leurs enfants livrés à eux-mêmes.

J’ai pu constater la mise en danger de quelque 80 000 enfants en France. Je vais régulièrement dans des organisations pour constater les délits qui sont commis. Les yeux hagards, vidés des enfants sont surprenants.

L’appareil judiciaire ne poursuit pas les responsables et les structures dont des parents responsables se plaignent. Quand il est porté atteinte à l’autorité parentale et qu’un parent vient à s’en plaindre, rien n’est fait par la justice. Défendre l’intérêt de l’enfant, le protéger sur le plan psychique, physique et moral n’est plus possible.

Je pense qu’une commission telle que la vôtre devrait examiner la question des maltraitances physiques, qui peuvent être identifiées, mais aussi les maltraitances psychiques et morales, qui sont plus difficiles à discerner et qui resurgiront au moment de l’adolescence ou à l’âge adulte.

Les enfants sont profondément carencés à tous points de vue et peut-être irrécupérables pour une vie normale sans soins psychologiques voire psychiatriques. Nous demandons que mon intervention de l’autre jour puisse servir à des propositions de réformes qui ne sont plus à démontrer et qui sont urgentes.

Mon intervention d’aujourd’hui a pour but de vous confirmer que la SRCM, que vous avez courageusement classée dans les rapports parlementaires de 1995 et de 1999 parmi les organisations sectaires dangereuses, est particulièrement dangereuse pour les enfants. Mme Hayat El Mountacir le signalait dans ses ouvrages, à l’UNADFI et au CCMM.

Il conviendrait d’étudier comment aider les enfants sortants le plus simplement possible, sans thérapie ad vitam aeternam, mais en leur consacrant beaucoup d’amour, pour qu’ils puissent retrouver leur équilibre.

De nombreux enfants crient leur détresse au sein des groupes : les miens et ceux d’autres parents. Voilà pourquoi je voulais vous faire part de toutes ces situations d’enfants soumis contre leur gré, voire contre le gré de leurs deux parents.

M. Jacques MYARD : Que « vend »-on à la SRCM ?

M. Michel GILBERT : Des sessions de méditation, des prières matin, midi et soir dans l’amour du maître.

M. Jacques MYARD : Quel maître ?

M. Michel GILBERT : Shri Parthasarati Rajagopalachari.

M. Jacques MYARD : Où est basée son « épicerie » ?

M.Michel GILBERT: À Madras, au niveau international. À Lausanne, au niveau européen. Il est d’ailleurs surprenant de noter que la Société de théosophie y a également ses sièges.

En France, le siège se trouvait en 1999 dans un château du Jura, à Augerans. Un député du Jura avait tout fait pour que cette organisation cesse de nuire

localement. La mairie avait en effet basculé grâce à l’installation de plusieurs adeptes dans la commune. Le même phénomène s’est produit dans un village des

Pyrénées-Orientales avec des Témoins de Jéhovah.

Cette organisation qui est, de par son nombre, la troisième ou quatrième en France, a eu du mal à retrouver un siège. En septembre 2005, ils ont réouvert un siège à Paris, juste derrière Jussieu.

Mme Martine DAVID: Vous avez parlé de 80000 enfants en France, qui seraient menacés. D’où tenez-vous ce chiffre ?

M. le Président : De chez nous. Mais il s’agit d’une estimation toutes sectes confondues C’est le nombre qui avait été cité par M. Emmanuel Jancovici. Plus exactement, il s’agissait d’une fourchette allant de 60 à 80 000.

M. Michel GILBERT : J’ai préféré prendre le chiffre le plus élevé. En effet, aujourd’hui, on se retrouve face non seulement à des organisations sectaires, mais encore à des gourous autoproclamés de quartier avec une vingtaine de personnes autour d’eux, à des pseudo-thérapeutes, ou à des formations professionnelles déviantes du genre reïki ou kinésiologie, dans des sociétés clairement identifiées et subventionnées par des conseils généraux, avec le label ISO 9002 ; on y forme même des cadres de santé de l’institution publique.

M. Serge BLISKO : Vous parlez de subventions ou de labels accordés par des conseils généraux à certains instituts de formation déviants ou suspects. Pourriez- vous nous communiquer des informations? Nous devons nous informer d’éventuelles infiltrations du ministère de la santé, des organisations professionnelles ou des conseils généraux.

M. Michel GILBERT : Monsieur le président, vous connaissiez une ancienne déléguée du ministère de l’enfance, de la santé et de la formation professionnelle. Elle avait mis en avant ces problématiques. Grâce aux services de l’État, elle avait réussi à empêcher une société, qui faisait de la « psychiatrie spirituelle » de prospérer dans le Var. Le fondateur de cette société était d’ailleurs un des responsables de la Shri Ram Chandra. Cette personne pourrait sans doute vous donner de plus amples détails, car elle connaissait très finement ce sujet.

M. le Président : Vous me laisserez les coordonnées de cette personne, s’il vous plaît.

M. Jacques MYARD : Excusez-moi de revenir sur la question : qu’enseigne le maître de la SRCM ?

M.Michel GILBERT: L’abandon, le laisser-faire, l’accession à un état de saamadi, c’est-à-dire de mort. Il enseigne que la méditation sur le bout du nez permet d’acquérir un état de bien-être. Il y a des séances de sitting, cleaning, soit de capturing, c’est-à-dire de capture mentale. Les responsables se livrent à une psychothérapie sur la personne qui vient à ces sessions de méditation et de nettoyage.

M. le Président : Vous avez dit que nous devions faire des réformes. Avez-vous des suggestions à nous faire ?

M. Michel GILBERT : Je pense qu’à l’occasion de mon audition au nom du Réseau parental le 13 septembre dernier, j’ai soulevé certains points qui méritent d’être examinés. En tant que collectif de parents, nous constatons que lorsque nous intervenons de façon non conflictuelle, en marge de l’appareil judiciaire, nous

parvenons à résoudre assez rapidement les problèmes, dans l’intérêt de l’enfant. Il s’agit le plus souvent de séparations. L’ADFI, dans son rapport annuel, et le GEMPPI notent qu’actuellement 90 % de demandes sur le terrain émanent de

parents en situation de divorce avec un autre parent sectaire.

M. le Président : Vous seriez plutôt favorable à un règlement non contentieux de ce genre de difficultés ?

M. Michel GILBERT : Malgré tout le respect que j’ai pour les juges de la République, je constate le manque de compréhension dont ils font preuve s’agissant de ces problématiques ; je pense qu’il vaudrait mieux régler ces séparations à l’amiable, en dehors du monde judiciaire. En outre, les organisations sectaires ont de très bons avocats. Dans le cas de la SRCM, nous avons même appris que des juges en faisaient partie – comme le premier magistrat du canton de Vaud.

Il serait beaucoup plus efficace de déconflictualiser et de traiter les problèmes en amont. Nous avons à votre disposition des exemples de cas résolus et dont les parents sont satisfaits. Parfois même le parent sectarisé sort de l’organisation sectaire, se rendant compte qu’il a été manipulé.

M. le Président. Où en êtes-vous, vous-même, avec vos enfants ?

M. Michel GILBERT : Je suis en effet touché personnellement par le phénomène sectaire. Au sein des associations avec lesquelles je travaille, le Réseau parental Europe, il n’y a que des personnes concernées. C’est un gage de confiance. Les organismes sectaires s’infiltrent partout, mais pas chez nous.

Je me trouve moi-même, après sept années de procédures diverses, dans une situation d’impasse : mes enfants sont toujours entre les mains d’une organisation sectaire internationale. Ils ont été déplacés de leur lieu de vie en territoire français, à l’étranger, comme cela arrive fréquemment. Dans mon cas, c’est en Espagne. Pour nous, ce pays est devenu un sanctuaire à sectes. On y trouve non seulement des groupuscules terroristes, des groupes mafieux un peu partout, mais aussi des organisations sectaires. Les autorités espagnoles ont créé au sein du ministère de la justice un Observatoire des religions. Je crois savoir que M. Roger Gonnet n’est pas très content que l’Église de Scientologie soit en voie de reconnaissance par Madrid.

Certaines personnes autoproclamées ont accaparé tous les pouvoirs et ne veulent surtout pas que la problématique sectaire soit prise en compte.

M. le Président : Y a-t-il d’autres questions ?

M. Michel GILBERT : Monsieur le président, j’ai réfléchi au point suivant : les maires, comme M. Georges Frèche à Montpellier, sont parfaitement vigilants vis- à-vis du phénomène sectaire. Il conviendrait de les soutenir. Vous pourriez peut- être ainsi obtenir des appuis sur le terrain.

M. le Président : Ce n’est pas la position de l’Association des maires de France qui, nous dit-on, ne se sent pas concernée par la question. Mais c’est probablement une piste à approfondir.

M.Michel GILBERT: Je reprendrais également la proposition de l’ancien député M. Éric Doligé, aujourd’hui sénateur, qui souhaiterait s’en prendre aux biens patrimoniaux et aux finances des organisations. On pourrait peut-être ainsi les mettre à terre.

M. le Président : Je vous remercie.


https://www.assemblee-nationale.fr/12/pdf/rap-enq/r3507.pdf


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